Suite de notre série chez Pierre Montégut, Directeur Technique du Château Suduiraut, Premier Cru Classé de Sauternes

L’année a été très contrastée avec un printemps chaud et un mois de juillet qui a conjugué la fraîcheur et l’humidité. Après le 15 août, des pluies, plus importantes à Sauternes qu’à Barsac, ont eu une influence considérable sur la vigne. Elles ont déclenché un démarrage très précoce du botrytis. A la veille des vendanges, nous n’avions pas le sourire, la pourriture avait gagné les vignes. Le beau temps qui s’est installé début septembre a sauvé le millésime.

La première trie du 12 septembre a permis d’éliminer les baies trop sèches, les raisins pas nobles ou imparfaits. Nous avons perdu beaucoup de raisins mais la deuxième trie s’est révélée magnifique, c’était l’euphorie : la qualité et la richesse se trouvaient réunies. La troisième trie peut être qualifiée de sympathique, elle a permis de rentrer les derniers grains pour atteindre des rendements de 12 hectolitres à l’hectare. Nous avons vendangé tous les jours pour conclure le 5 octobre soit exactement un mois avant 2010. La vigne a donné l’impression de retrouver une avance entrevue au printemps.

La concentration des raisins et leur richesse ont déterminé des fermentations lentes. Elles ont duré de 5 à 6 semaines. Les vins ont été mutés à la mi-octobre et il sera possible de les goûter à la mi-décembre. Qu’en dire ? Ils présentent un profil intéressant. Richesse confortable, acidité importante, tout semble réuni pour faire un grand vin. Cela pourrait être du niveau de 2010 et peut-être de 2001. C’est un millésime sauvé des eaux.

Source: Lettres de Chateau
Crédit Photo: Vincent Bengol